Aujourd'hui, un extrait de "Mademoiselle", le roman que je suis entrain d'écrire. C'est l'histoire d'une jeune comédienne d'une vingtaine d'année qui veut vivre à fond, quitte à se prendre un mur de temps en temps. Dans ce passage, qui se situe au début du roman, elle recontre Jeremy, un acteur de 30 ans son aîné qui va devenir une des personnes les plus importantes à ses yeux, lui servant tour à tour d'amant, de mari, de père et d'ami. Elle en aura une petite fille.
["Je vivais enfin sans peur du lendemain. J'avais confiance en cette nouvelle vie, un peut trop peut- être. Je fonçais tête baissée à la conquête de mon monde, étant résolue à saisir chaque opportunité quelle qu'elle soit. C'est ainsi que j'entrai quelques mois plus tard, dans ma première relation durable avec Jeremy. Je l'avais rencontré lors d'une soirée chez Fanny, que je n'aurais raté pour rien au monde. Organisatrice de soirée était un rôle qu'elle n'endossait pas souvent et plus que tout, je voulais assister à la grande première. Elle nous présenta soigneusement, comme tout ce qu'elle faisait, en y mettant les formes. Elle avait été maintes et maintes fois sa partenaire à l'écran et semblait lui être très proche. Elle aurait pu lancer la conversation, mais préféra nous abandonner, pour d'autres invités. Je restais là, toute petite, malgré mes dix centimètres de talons, n'osant ni parler, ni bouger. Peut- être étais- je un peu impressionnée. Je préférais me taire, à l'idée de brusquer son apparente timidité. Je tentais d'enregistrer discrètement ses traits de dandy britannique que je trouvais si séduisants, lorsqu'il parla enfin, attirant par le son de sa voix, mes regard au plus profond du sien;
- Mademoiselle...
Ces quatre syllabes, petits morceaux de plaisir glissant délicatement de ses lèvres au miennes, mirent plusieurs secondes à s'assembler dans ma tête. Et lorsque j'eus enfin reçu le mot dans son entier, j'eus l'impression de le redécouvrir. Jamais je ne l'avais entendu prononcer de cette façon. Ce simple titre de politesse avait prit dans sa bouche une toute autre ampleur. Je le trouvais soudain sensuellement sublime; il évoquait une féminité exacerbée, tout en restant incroyablement respectueux et raffiné. Je lui souris et fit un pas vers lui, comme pour mieux entendre ce qu'il avait à me dire. Il semblait hésiter, pourtant je n'avais qu'une envie, l'entendre me parler, encore. Mon regard insistant dû l'encourager, puisqu'il se lança enfin; il fallait qu'il m'avoue quelque chose. Il y a quelques jours, dans un taxi, il avait entendu une chanson et il était immédiatement tombé sous le charme de la fille qu'il décrivait. La chanson n'avait alors cessé de tourner dans sa tête des heures durant, puis avait bien finit par en sortir. Ce soir pourtant, en me voyant au milieu de tous ces gens, elle lui était revenue. Peut- être se trompait- il sur toute la ligne, mais ce signe du destin lui donnait envie de penser que j'étais celle dont la chanson lui avait parlé. Ces mots étaient sortit de sa bouche dans un français légèrement hésitant qui ajoutait au charme de cette déclaration. Ses yeux ne soutinrent pas les miens plus longtemps. Devant mon silence, il laissa paraître une certaine nervosité. Sans doute se demandait- il comment il avait osé me dire tout cela. Séduite, je m'approchai encore un peu plus de lui et glissai ma paume dans la sienne. Il en fut d'abord surpris, avant de laisser son incroyable main recouvrir totalement la mienne. A cet instant, je n'eus plus qu'une idée en tête; quitter cette soirée. L'avoir pour moi, en moi, très vite et pour la vie. Je le tirai à ma suite jusque sur le palier. Etait- ce un leurre? Il fallait que je sache. Nous descendîmes les escaliers; il me suivit sans la moindre résistance jusqu'à l'hôtel du bas de la rue. Je m'arrêtai devant la porte, lui pris l'autre main, et à mi- voix, lui décrivit le début de notre histoire; il n'y avait qu'un moyen pour savoir s'il ne s'était pas trompé. Nous allions entrer; si l'hôtel n'était pas complet, nous prendrions une chambre où il me ferais l'amour toute la nuit. Au matin, nous serions fixé sur la potentialité de notre avenir commun. Sans ajouter un mot, il s'exécuta avec passion. Ces mains, qui quelques minutes auparavant avaient serré les miennes, se promenèrent sur ma peau avec détermination, épousant les courbes de mon corps. Il passa la nuit entière à chercher dans les moindres recoins de moi- même la fille de la chanson. Au levé du jour, il me demanda de l'épouser. Après cette soirée, nous nous revîmes de plus en plus fréquemment, brûlant les étapes les unes après les autres. Quinze jours plus tard, il m'offrit un appartement semblable à celui dont j'avais toujours rêvé. Il souhaitait y vivre à mes côtés. Je savais par Fanny qu'il avait toujours vécu en Angleterre. Il ne venait à Paris que de temps en temps. D'ailleurs tout ce que je savais de lui, était des suppositions, des 'on dit'. Et je ne m'en portait pas plus mal. Je n'avais que faire de sa vie d'avant. Ses ex- maîtresses, ex- femmes peut- être, les endroits où il avait vécu, les personnes qu'il avait fréquenté... Tout cela me paraissait bien insignifiant. De toute façon, s'il n'avait pas jugé utile de m'en parler, c'était, qu'en toute logique, rien ne devait être assez important pour nécessiter une confession. Il n'en savait pas plus à mon propos et ne semblait pas non plus s'en inquiéter. S'installer dans cet appartement, ensemble, à ce moment précis de nos vies respectives, était une évidence. Nous n'avions plus de passé et ne pensions pas plus à l'avenir. Pour l'heure, il n'y avait que ce grand appartement vide, le léger craquement du parquet sous la pression de nos pas et sa main tirant sur mon bras pour m'entraîner d'une pièce à l'autre. (...)].
- Mademoiselle...
Ces quatre syllabes, petits morceaux de plaisir glissant délicatement de ses lèvres au miennes, mirent plusieurs secondes à s'assembler dans ma tête. Et lorsque j'eus enfin reçu le mot dans son entier, j'eus l'impression de le redécouvrir. Jamais je ne l'avais entendu prononcer de cette façon. Ce simple titre de politesse avait prit dans sa bouche une toute autre ampleur. Je le trouvais soudain sensuellement sublime; il évoquait une féminité exacerbée, tout en restant incroyablement respectueux et raffiné. Je lui souris et fit un pas vers lui, comme pour mieux entendre ce qu'il avait à me dire. Il semblait hésiter, pourtant je n'avais qu'une envie, l'entendre me parler, encore. Mon regard insistant dû l'encourager, puisqu'il se lança enfin; il fallait qu'il m'avoue quelque chose. Il y a quelques jours, dans un taxi, il avait entendu une chanson et il était immédiatement tombé sous le charme de la fille qu'il décrivait. La chanson n'avait alors cessé de tourner dans sa tête des heures durant, puis avait bien finit par en sortir. Ce soir pourtant, en me voyant au milieu de tous ces gens, elle lui était revenue. Peut- être se trompait- il sur toute la ligne, mais ce signe du destin lui donnait envie de penser que j'étais celle dont la chanson lui avait parlé. Ces mots étaient sortit de sa bouche dans un français légèrement hésitant qui ajoutait au charme de cette déclaration. Ses yeux ne soutinrent pas les miens plus longtemps. Devant mon silence, il laissa paraître une certaine nervosité. Sans doute se demandait- il comment il avait osé me dire tout cela. Séduite, je m'approchai encore un peu plus de lui et glissai ma paume dans la sienne. Il en fut d'abord surpris, avant de laisser son incroyable main recouvrir totalement la mienne. A cet instant, je n'eus plus qu'une idée en tête; quitter cette soirée. L'avoir pour moi, en moi, très vite et pour la vie. Je le tirai à ma suite jusque sur le palier. Etait- ce un leurre? Il fallait que je sache. Nous descendîmes les escaliers; il me suivit sans la moindre résistance jusqu'à l'hôtel du bas de la rue. Je m'arrêtai devant la porte, lui pris l'autre main, et à mi- voix, lui décrivit le début de notre histoire; il n'y avait qu'un moyen pour savoir s'il ne s'était pas trompé. Nous allions entrer; si l'hôtel n'était pas complet, nous prendrions une chambre où il me ferais l'amour toute la nuit. Au matin, nous serions fixé sur la potentialité de notre avenir commun. Sans ajouter un mot, il s'exécuta avec passion. Ces mains, qui quelques minutes auparavant avaient serré les miennes, se promenèrent sur ma peau avec détermination, épousant les courbes de mon corps. Il passa la nuit entière à chercher dans les moindres recoins de moi- même la fille de la chanson. Au levé du jour, il me demanda de l'épouser. Après cette soirée, nous nous revîmes de plus en plus fréquemment, brûlant les étapes les unes après les autres. Quinze jours plus tard, il m'offrit un appartement semblable à celui dont j'avais toujours rêvé. Il souhaitait y vivre à mes côtés. Je savais par Fanny qu'il avait toujours vécu en Angleterre. Il ne venait à Paris que de temps en temps. D'ailleurs tout ce que je savais de lui, était des suppositions, des 'on dit'. Et je ne m'en portait pas plus mal. Je n'avais que faire de sa vie d'avant. Ses ex- maîtresses, ex- femmes peut- être, les endroits où il avait vécu, les personnes qu'il avait fréquenté... Tout cela me paraissait bien insignifiant. De toute façon, s'il n'avait pas jugé utile de m'en parler, c'était, qu'en toute logique, rien ne devait être assez important pour nécessiter une confession. Il n'en savait pas plus à mon propos et ne semblait pas non plus s'en inquiéter. S'installer dans cet appartement, ensemble, à ce moment précis de nos vies respectives, était une évidence. Nous n'avions plus de passé et ne pensions pas plus à l'avenir. Pour l'heure, il n'y avait que ce grand appartement vide, le léger craquement du parquet sous la pression de nos pas et sa main tirant sur mon bras pour m'entraîner d'une pièce à l'autre. (...)].



